Les quatre saisons natures

...Les quatre saisons natures...

 "L'été: le temps où l'on prend son temps. L'automne: le temps, pour l'homme et la nature, de cheminer ensemble, l'un et l'autre déclinent. L'hiver: le temps où l'on compte le temps. Le printemps: le temps des illusions; la nature rajeunit et nous croyons en faire autant".

ARISTOTE

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...Printemps...

Le temps a laissé son manteau

Le temps a laissé son manteau

De vent, de froidure et de pluie,

Et s'est vêtue de broderie,

De ciel luisant, clair et beau.

Il n'y a ni bête ni oiseau

Qu'en son jargon ne chante ou crie:

Le temps a laissé son manteau!

Rivière, fontaine et ruisseau

Portent en livrée jolie,

Gouttes d'argent d'orfèvrerie,

Chacun s'habille de nouveau:

Le temps a laissé son manteau!

Charles D'ORLEANS (1394-1465)

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...Eté...

L'été

Silence

silence

l'été

se balance

sur la branche

où l'oiseau

se tait

L'herbe

séchée

tremble

dans l'air

brûlé

silence

silence

l'été

chante

dans

les blés

Anne-Marie CHAPOUTON (1939-2000)

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...Automne...

Automne

Odeur des pluies de mon enfance

Derniers soleils de la saison!

A sept ans comme il faisait bon

Après d'ennuyeuses vacances,

Se retrouver dans sa maison!

La vieille classe de mon père,

Pleine de guêpes écrasées,

Sentait l'encre, le bois, la craie

Et ces merveilleuses poussières

Amassées par tout un été.

O temps charmant des brumes douces,

Des gibiers, des longs vols d'oiseaux,

Le vent souffle sous le préau,

Mais je tiens entre paume et pouce

Une rouge pomme à couteau.

René-Guy CADOU (1920-1951)

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...Hiver...

Dans l'interminable

Ennui de la plaine,

la neige incertaine

Luit comme du sable.

Le ciel est de cuivre

Sans lueur aucune.

On croirait voir vivre

Et mourir la lune.

Comme des nuées

Flottent gris des chênes

Des forêts prochaines

Parmi les buées.

Le ciel est de cuivre

Sans lueur aucune.

On croirait voir vivre

Et mourir la lune.

Corneille poussive

Et vous, les loups maigres,

Par ces bises aigres

Quoi donc vous arrive?

Dans l'interminable

Ennui de la plaine,

La neige incertaine

Luit comme du sable.

Paul VERLAINE (1844-1896)

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